Phumzile Mlambo-Ngcuka - Il est temps de remplir la promesse de mettre fin à la violence à l’égard des femmes

Par la Directrice exécutive d'ONU Femmes, Phumzile Mlambo-Ngcuka

Date : jeudi 30 octobre 2014

Oped EVAW Phumzile Mlambo-Ngcuka 
Photo: ONU Femmes/Marco Grob

Phumzile Mlambo-Ngcuka, la Directrice exécutive d'ONU Femmes, a consacré toute sa vie aux questions touchant aux droits fondamentaux, à l'égalité et à la justice sociale. Elle a été Vice-présidente de l'Afrique du Sud. Dans ce message, elle souligne que la violence à l’encontre des femmes peut et doit cesser, et que l'on peut y arriver en remédiant à sa cause fondamentale – les inégalités entre les femmes et les hommes. Elle lance un appel en faveur d'une meilleure mobilisation permettant de combattre ce fléau généralisé sous plusieurs angles, en commençant par un accès facilité des survivantes de la violence aux aides disponibles, jusqu'à l'engagement de toutes les composantes de la société en faveur d'une évolution des mentalités. L'une des initiatives à prendre consiste à convaincre les hommes de se manifester et de défendre la cause des femmes en s'engageant dans la campagne #HeForShe d'ONU Femmes.

Chaque année, la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes nous rappelle que des femmes et des filles sont victimes de violences dans leur vie au quotidien.

Les femmes sont battues dans leurs foyers, harcelées dans les rues et soumises à des intimidations sur Internet. Dans le monde, une femme sur trois subira des violences physiques ou sexuelles au cours de son existence. L'Organisation mondiale de la Santé a déclaré que la violence contre les femmes est un problème de santé mondial de proportions épidémiques.

Très souvent, la violence à l’égard des femmes est infligée par un conjoint. Sur l’ensemble des femmes tuées en 2012, près de la moitié sont mortes entre les mains d’un conjoint ou d’un membre de leur famille. Il n’est pas exagéré, c’est un fait que les hommes représentent la plus grande menace globale pour la vie des femmes, et souvent il s’agit d’hommes qu’elles aiment.

Dans certaines situations de conflit, il peut être plus dangereux d’être une fille ou une femme que d’être un soldat. La violence à l’encontre des femmes est devenue un véritable fléau auquel il faut mettre un terme.

Pourtant, nous savons comment éliminer la violence à l’encontre des femmes. En 1995, il y a presque vingt ans, 189 gouvernements se sont réunis à Beijing. Ils ont adopté un Programme d’action qui énonçait les principales stratégies que devaient adopter les gouvernements, la société civile, le secteur privé, les partenaires internationaux et toutes les parties prenantes, en vue de mettre un terme à la violence contre les femmes, de donner plus d’autonomie aux femmes et de parvenir à l’égalité des sexes. L’année dernière, la Commission de la condition de la femme des Nations Unies a défini plus précisément la marche à suivre.

Celle-ci comprend des stratégies de prévention efficaces qui traitent les causes profondes de l’inégalité des sexes et du statut inférieur des femmes dans tous les domaines de la vie. Qu’il s’agisse du domaine économique ou politique, les femmes sont encore désavantagées et marginalisées. Nous avons au contraire besoin de familles, de communautés et de nations dans lesquelles les femmes et les hommes sont également estimés et où les femmes peuvent participer pleinement.

Cela passe par une amélioration des services offerts aux femmes victimes de la violence. Des numéros d’urgence, des abris, des conseils juridiques, un accès à la justice, des services de conseil psychologique, une protection de la police et des services médicaux doivent être aisément disponibles, sans qu’une stigmatisation ou une discrimination soit à craindre.

Il est également nécessaire d’obtenir des taux de signalements plus précis, une amélioration de la collecte de données et un renforcement des analyses sur les facteurs de risque et de prévalence.

Ces objectifs comprennent de même une assistance accrue aux organisations de femmes, qui sont souvent en première ligne lors des interventions. En effet, elles promeuvent un changement des politiques, fournissent une expertise technique pour améliorer les interventions et proposent des services aux femmes qui sont victimes de la violence.

Cette démarche consiste aussi à impliquer plus d’hommes et de garçons dans les initiatives pour contrer la violence, la dénoncer et la stopper. Les dirigeants masculins, y compris les leaders traditionnels et religieux, doivent montrer la voie. Ils doivent soutenir les efforts visant à mettre fin à l’impunité et à rendre justice aux victimes.

ONU Femmes a lancé #HeForShe, une campagne internationale pour encourager les hommes et les garçons à se faire les défenseurs et les agents du changement en vue d’instaurer l’égalité des sexes et de garantir les droits des femmes. Près de 200 000 hommes se sont déjà engagés. Aujourd’hui, il faut que les hommes qui croient en l’égalité entre les sexes passent à l’action, maintenant.

Un examen des avancées et des lacunes dans la mise en œuvre du Programme d’action de Beijing est en cours au niveau international, et plus de 150 gouvernements ont soumis des rapports nationaux. Les données préliminaires indiquent que beaucoup de pays ont introduit des lois pour interdire, criminaliser et prévenir la violence contre les femmes. Pourtant, la mise en œuvre et la mise en application de ces lois sont inadéquates. Les dénonciations d’actes de violence restent peu nombreuses et l’impunité des agresseurs demeure élevée. En outre, les ressources ne sont pas suffisamment bien affectées pour fournir des services de qualité et assurer des stratégies de prévention efficaces. Nous devons appeler à l'action et aider à la mise en œuvre.

Partout où je vais, je perçois un sentiment d’urgence qui indique qu’il est temps de renverser le cours de la violence à l’égard des femmes et de parvenir à l’égalité des sexes. L’an prochain, lorsque se terminera l’initiative des objectifs du Millénaire pour le développement, la communauté internationale adoptera une nouvelle méthodologie pour le développement. La lutte contre la violence à l’égard des femmes et des filles doit occuper une place centrale dans ce nouveau cadre de travail.

Les promesses d’il y a 20 ans sont encore valables aujourd’hui. Ensemble, nous devons faire l'année 2015 qui marque le commencement de la fin de l’inégalité des sexes. L’heure est venue de passer à l’action. L’heure est venue de mettre fin à la violence contre les femmes et les filles.

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