Solidaire avec les courageuses défenseuses et courageux défenseurs des droits humains des femmes

Par Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra'ad Al Hussein

Date : lundi 1 décembre 2014

Zeid Ra’ad Al Hussein
Photo: OHCHR

Zeid Ra’ad Al Hussein est le Haut Commissaire des Nations Unies pour les droits de l’homme, et il possède une vaste expérience en matière de diplomatie internationale et de protection des droits humains. Il a été le premier président de l’Assemblée des États Parties au Statut de Rome du Tribunal pénal international, et il est un ancien président du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Dans cet article, il présente les accomplissements et les écarts dans la garantie de droits égaux pour toutes et tous, et il souligne le rôle important et le courage des défenseuses et défenseurs des droits humains des femmes, ainsi que les défis auxquels elles et ils sont confrontés. Le HCDH va lancer une nouvelle campagne à l’occasion de la Journée des droits de l’homme, le 10 décembre 2014, pour renforcer la reconnaissance des défenseuses et défenseurs des droits humains.

Il y a presque 20 ans, à Beijing, 189 pays se sont engagés à réaliser l’égalité des sexes pour les femmes, de fait et de droit, afin que toutes les femmes puissent enfin jouir pleinement de leurs droits et de leurs libertés en tant qu’êtres humains.

Ces pays ont adopté un plan complet et ambitieux pour garantir aux femmes les mêmes droits à l’éducation et au développement de leur potentiel que ceux dont jouissent les hommes. Les mêmes droits que les hommes à choisir leur profession. Les mêmes droits à diriger les communautés et les nations et à faire des choix concernant leur propre vie, sans crainte de violence ou de représailles. Plus jamais ne mourraient chaque année des centaines de milliers de femmes en donnant naissance à cause de la négligence des politiques et des systèmes en matière de soins de santé. Plus jamais les femmes ne percevraient des salaires considérablement inférieurs à ceux des hommes. Plus jamais des lois discriminatoires ne régiraient le mariage, les terres, la propriété et les héritages.

Au cours des années qui ont suivi, le monde a connu d’immenses progrès : le nombre de femmes dans la main-d’œuvre a augmenté ; il existe dorénavant presque une parité entre les sexes dans les écoles primaires ; le taux de mortalité maternelle a chuté de près de pour cent ; et plus de femmes remplissent des fonctions de dirigeantes. Qui plus est, les gouvernements parlent des droits des femmes en tant que droits humains, et les droits des femmes et l’égalité des sexes sont reconnus comme des objectifs légitimes et indispensables.

Toutefois, le monde est encore loin de la vision qui a été articulée à Beijing. Environ une femme sur trois dans le monde subira des violences physiques et/ou sexuelles au cours de sa vie. Moins d’un quart des parlementaires dans le monde sont des femmes. Dans plus de 50 pays, aucune protection juridique des femmes contre la violence domestique n’est en place. Près de 300 000 femmes et filles sont mortes en 2013 de complications liées à leur grossesse et leur accouchement. Environ une femme mariée âgée de 20 à 24 sur trois s’est mariée étant encore enfant. Dans beaucoup de régions du monde, les femmes et les filles ne peuvent pas prendre des décisions sur les aspects les plus intimes de leur vie : la sexualité, le mariage, les enfants. Des filles et des femmes qui choisissent de prendre leur vie en main sont encore assassinées par leur propre famille dans le cadre de la pratique déshonorante de ce qu’on appelle les « crimes d’honneur ». Toutes nos sociétés demeurent affectées par des stéréotypes sur l’infériorité des femmes qui souvent les dénigrent, les humilient et les sexualisent.

Aujourd’hui, la responsabilité de protéger les avancements accomplis ces 20 dernières années et de relever les défis qui persistent nous incombe. Pour ce faire, nous devons reconnaître le rôle vital des femmes qui défendent les droits humains, souvent en s’exposant elles-mêmes et leurs familles à des risques énormes parce qu’elles sont considérées comme sortant des stéréotypes socialement normatifs liés au genre. Nous devons reconnaître le rôle de toutes les femmes et de tous les hommes qui promeuvent publiquement l’égalité des sexes et qui, de ce fait, voient souvent leur réputation, leur travail et même leur vie soumis à des menaces qui sont non seulement archaïques et patriarcales, mais aussi très fortes. Ces personnes hors du commun – les défenseurs des droits humains des femmes – agissent dans des environnements hostiles, où les arguments de relativisme culturel sont courants, et souvent dans un contexte de montée de groupes extrémistes et misogynes, qui menacent de démanteler les progrès accomplis jusqu’ici.

Les attaques contre les femmes qui se dressent pour revendiquer leurs droits humains et contre les personnes qui défendent l’égalité des sexes visent souvent à maintenir les femmes à leur « place ». Dans certaines régions du monde, il est demandé aux femmes qui participent à des manifestations publiques de rentrer chez elles pour s’occuper de leurs enfants. Prenons par exemple un article récemment publié dans un journal, avec les photos d’une femme nue, déclarant qu’elle était une militante notoire – une attaque destinée à forcer cette défenseuse à se taire. Dans d’autres régions, lorsque les femmes revendiquent leur droit à des méthodes de contraception modernes et abordables, elles sont qualifiées de prostituées dans le cadre de campagnes de diffamation visant à compromettre leur crédibilité. De plus en plus d’attaques en ligne contre les personnes qui promeuvent les droits humains des femmes et l’égalité des sexes par ce qu’on appelle des « trolls » - qui profèrent des menaces de crimes odieux – sont signalées.

Ces attaques ont un point commun – elles s’appuient sur des stéréotypes liés au genre et sur des normes sociales discriminatoires profondément ancrées, en vue de réduire au silence ceux qui défient le système archaïque de l’inégalité des sexes. Toutefois, ces défenseurs ne se tairont pas, et nous devons être solidaires avec eux contre ces attaques lâches.

C’est pourquoi mon bureau a décidé de lancer une campagne pour rendre hommage aux femmes et aux hommes qui défient les stéréotypes et qui luttent pour les droits humains des femmes. La campagne se déroule du 10 décembre 2014, date de la Journée des droits de l’homme cette année, au 8 mars 2015, qui marque la Journée internationale de la femme. Nous encourageons tout le monde à se joindre à ces défenseurs courageux et inspirants, sur les médias sociaux (#reflect2protect) et sur le terrain.

Alors que nous nous rapprochons du vingtième anniversaire de la Conférence de Beijing, il faut stopper la discrimination et les violences à l’égard des femmes, ainsi que les stéréotypes qui les enferment dans des rôles restreints. Les femmes ont le droit de prendre leurs propres décisions sur leur vie et leur corps. La garantie et la mise en œuvre de ces droits sont des obligations indiscutables qui incombent à tous les États. Les défenseurs des droits humains des femmes ont joué un rôle essentiel pour parvenir au programme ambitieux qui a été présenté à Beijing. Leur travail, leur militantisme et leur courage méritent notre reconnaissance, notre soutien et notre respect.

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