Le combat pour la justice, pour toutes et tous

Date : lundi 1 décembre 2014

WOA Uganda Florence FR

Enfant, elle passait souvent du temps avec son père, à discuter de l’actualité et du journal du soir. Son père lui demandait de lui donner un bref compte-rendu du journal du soir, et elle ne manquait pas de montrer son savoir, particulièrement dans un environnement où les malvoyants étaient souvent ignorés. Florence Ndagire est devenue la première avocate malvoyante en Ouganda, un pays certes moderne à de nombreux égards, mais qui ne crée pas souvent de programmes d’enseignement et d’outils pédagogiques pour les malvoyants. Elle a eu beaucoup d’obstacles à franchir, et elle est devenue un exemple pour beaucoup, y compris les handicapés, en prenant la défense de leurs droits humains. Elle siège actuellement au Conseil d’administration de la National Union of Women with Disabilities Uganda (Union nationale des femmes handicapées en Ouganda), et elle est également la présidente du Groupe consultatif régional de la société civile pour l’Afrique de l’Est, qui fournit des conseils à ONU Femmes.

Au cours d’une discussion sur le journal du soir avec son père, elle a écouté un entretien avec l’ancien juge en chef, Francis Ayume, qui parlait des droits fondamentaux avec tant d’enthousiasme qu’il l’a inspirée à devenir avocate. Elle a décidé de se faire la championne des droits fondamentaux pour toutes et tous, en particulier pour les personnes handicapées. Cette décision a forgé la vie de Mme Ndagire et lui a imposé des défis, comme lorsqu’elle était ridiculisée pour sa cécité. Sa mère a été accusée d’être « maudite » et de porter malheur au clan pour lui avoir donné naissance. C’est grâce au soutien indéfectible de ses parents que Mme Ndagire a pu surmonter ces années difficiles. Ils lui ont prodigué les mêmes encouragements que pour leurs autres enfants, qui sont tous nés voyants.

Mme Ndagire s’est vu octroyer une bourse d’études du gouvernement pour étudier le droit. Seule étudiante malvoyante en droit sur 450 étudiants, elle s’est sentie frustrée par l’insuffisance des outils que l’université lui avait fournis, et elle n’avait pas les moyens d’acheter les équipements coûteux dont elle avait si désespérément besoin pour démarrer son long parcours et accéder au rôle de défenseuse des droits de l’homme qu’elle était déterminée à assumer. Par la suite, un groupe de missionnaires lui a acheté un ordinateur portable capable de lire à voix haute des documents écrits, ce qui a permis à Mme Ndagire de rattraper le retard dans ses études par rapport aux autres étudiants. Malgré le parrainage de ses études par un prêtre local, elle a travaillé tout au long de ses études à la faculté de droit en fournissant des services de nettoyage pour l’église locale. Elle a attendu son heure jusqu’à l’obtention de son diplôme, et elle s’est lancée sur la voie de la justice et l’égalité pour tous en 2008.

Elle est un exemple pour beaucoup, même en dehors de son travail dans le secteur juridique. Mme Ndagire a escaladé le Kilimandjaro en 2010, en vue de lever des fonds pour les enfants handicapés par l’intermédiaire d’une organisation caritative locale, et elle est parvenue à grimper jusqu’à 3 850 mètres, soit 850 mètres de plus que le point où beaucoup s’arrêtent en raison du mal des montagnes, qui se manifeste à haute altitude. Bravant la perception qu’ont les gens des malvoyantes et malvoyants, Florence Ndagire continue de repousser les limites, notamment par des solutions visant à améliorer les droits des personnes handicapées.

À votre avis, en quoi le fait d’être malvoyante vous a-t-il affectée ? 

Quand j’étais enfant, j’allais dans une école intégrée – une école qui comprenait des enfants avec et sans besoins spéciaux. C’était un pensionnat, mais c’est là que j’ai appris à devenir autonome. Une fois admise en faculté de droit, rien ne pouvait m’arrêter. J’étais l’ambassadrice pour les handicapés dans ma faculté de droit, et j’ai décroché mon diplôme et rivalisé avec les autres étudiantes et étudiants. J’ai représenté mon pays lors du premier Forum africain des jeunes à Entebbe en Ouganda en 2010, et cela m’a incitée à poursuivre la réalisation de mes rêves.

Il y a malheureusement beaucoup de choses que je ne peux pas faire seule, comme traverser la rue ou lire un journal. Mais ce problème est compensé par mon ouïe et mon odorat ! Cela dit, je n’ai jamais cédé à un sentiment d’infériorité du fait de ma cécité. Ni ma mère ni mon père ne m’ont donné l’impression d’être différente de mes frères et sœurs. Aujourd’hui, je suis mère de deux enfants de moins de cinq ans, et cela implique ses propres défis au quotidien, mais je parviens à les surmonter avec le soutien de mon mari.

Avez-vous travaillé pour des cabinets juridiques après avoir décroché votre diplôme de la faculté de droit ?

Oui, j’ai essayé de travailler pour des cabinets juridiques après avoir obtenu mon diplôme, mais cela n’a pas été simple. J’avais pour objectif de défendre les droits fondamentaux du mieux que je pouvais. En 2009, j’ai été engagée en tant qu’agente de services d’assistance judiciaire par l’Uganda Society for Disabled Children (société ougandaise pour les enfants handicapés) et, en 2012, j’ai rejoint Light for Blind [une ONG], où je travaille encore actuellement. J’ai également obtenu une bourse de l’Open Society Foundation du Royaume-Uni pour approfondir mes études du système juridique.

Selon vous, quel est l’obstacle majeur à la réussite des handicapés ?

L’état d’esprit ! L’état d’esprit ! Et cela ne concerne pas uniquement les handicapés, ça vaut également pour tout le monde. Je dis toujours aux gens que, s’ils veulent réussir, il faut qu’ils fassent le nécessaire pour y parvenir. À partir du moment où vous commencez à penser que vous ne pouvez pas faire quelque chose, quelle qu’en soit la raison, c’est là que vous commencez à vous imposer des obstacles. Mes parents ont été très encourageants, ils ne m’ont pas attribué un traitement spécial, et cela m’a aidée à me considérer comme capable de faire ce que mes frères et sœurs pouvaient faire. Toutefois, il serait nécessaire de mettre en place des politiques en faveur des intérêts des personnes qui ont des besoins spéciaux. Par exemple, si je n’avais pas bénéficié du soutien des missionnaires de Mill Hill, je n’aurais peut-être pas pu étudier le droit.

Quel message pouvez-vous adresser aux femmes et aux filles aujourd’hui ?

Encore une fois, l’état d’esprit ! L’état d’esprit ! Pour accomplir quelque chose, vous devez croire que vous en êtes capable. Les obstacles que l’on s’impose à soi-même n’ont pas leur place dans la vie !

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