« Ce n’est pas un rêve, c’est un devoir »

Fatou Lo participait à la Quatrième Conférence mondiale sur les femmes en 1995 en tant qu’adolescente, déléguée officielle des jeunes. Aujourd’hui, elle est Représentante adjointe d’ONU Femmes au Soudan.

Date : mercredi 14 mai 2014

Si j’ai besoin d’un rappel que le temps passe rapidement, cette année et la suivante pourraient servir à cette fin. Il est difficile de croire que j’ai fièrement représenté la jeunesse de mon pays, le Sénégal, il y a déjà 20 ans, au cours de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes à Beijing. Je venais à peine d’avoir mon baccalauréat, en tête de ma classe, et c’était là mon premier voyage en dehors de l’Afrique. Dire que j’étais enthousiaste serait un euphémisme : j’étais comblée de joie!

 Fatou Lo
Photo utilisée avec l’aimable permission de Fatou Lo

Comment est-ce arrivé ? Pendant plus d’un an, j’ai passé presque tous mes week-ends en réunions à débattre d’une grande variété de questions comme l’éducation, l’accès au secteur de la santé, la paix, l’emploi, l’élimination des mutilations génitales féminines, avec d’autres représentants de la jeunesse au Sénégal. Nous mettions en avant le monde que nous voulions à l’époque, ravis de disposer d’une plate-forme pour partager nos pensées. Notre vision était celle d’un monde en paix où les droits des femmes et des filles puissent être respectés et où les jeunes en général soient en mesure de réaliser leur potentiel. Nous ne savions certainement pas ce à quoi nous devions faire face. Nous transmettions donc nos messages avec la conviction et la confiance propres à la jeunesse, aussi bien lors des consultations nationales, et des réunions de validation qu’au cours de la consultation « Africa Youth » et Beijing.

Outre le privilège d’assister au plus grand rassemblement international possible de femmes, je garderai toujours en mémoire et apprécierai toujours le lien profond unissant les femmes de tous les horizons de la vie, des femmes originaires de pays dont je n’avais jamais entendu parler auparavant et qui se battaient pour la même cause. Si les médias sociaux et les emails avaient été largement répandus en 1995, la Conférence de Beijing aurait eu l’effet d’un tsunami de communication dans le monde entier.

Avec le recul, je suis encouragée par les progrès réalisés depuis Beijing, mais aussi préoccupée par la relative fragilité de ces progrès dans tellement de pays où les femmes continuent de porter le fardeau de la pauvreté, du conflit armé, de la violence basée sur le genre et de toutes sortes de violations de leurs droits fondamentaux.

Le monde où un nombre sans précédent de femmes atteint des postes de haut niveau dans la sphère politique et dans le secteur privé est le même monde où la montée du conservatisme dans de nombreux pays prive les femmes de leurs droits, voix et choix. C’est dans ce même monde que les filles constituent la majorité des personnes pauvres et où trop de femmes meurent durant l’accouchement. C’est dans ce même monde que les engagements en faveur de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes demeurent souvent des paroles en l’air. C’est dans ce même monde que les politiques, les lois, les institutions et les sociétés continuent d’être discriminatoires envers les femmes et les filles.

Alors que je poursuis mon voyage personnel en faveur des droits et de l’autonomisation des femmes, je suis reconnaissante à toutes celles et ceux qui ont pavé la voie et ont permis à beaucoup d’autres personnes d’avoir une voix, et des opportunités et je m’emploierai à faire ma propre contribution pour un monde meilleur pour les femmes et les filles. Ce n’est pas un rêve, c’est un devoir.

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