Beijing + 20 : Autonomisation des femmes, autonomisation de l’humanité : Imaginez !

Phumzile Mlambo-Ngcuka, Directrice exécutive d'ONU Femmes

Date : jeudi 22 mai 2014

Il y a près de vingt ans, le monde s’est réuni à Beijing pour la quatrième Conférence mondiale sur les femmes. Au cours de cette rencontre, 189 gouvernements ont adopté une feuille de route visionnaire pour l’égalité entre les sexes : la Déclaration et le Programme d’action de Beijing. Plus de 17 000 participants/es et 30 000 activistes y ont évoqué un monde où les femmes et les filles jouiraient de droits égaux, de la liberté et d’opportunités dans toutes les sphères de la vie.

Alors que de nombreux progrès ont été réalisés ces vingt dernières années, aucun pays ne peut prétendre être parvenu à assurer l’égalité entre les femmes et les hommes. Le moment est venu de reprendre ce débat mondial en faveur des femmes et des filles et de le mener à bonne fin.

ONU Femmes lance une campagne d’une durée d’un an pour redynamiser la vision formulée à la Conférence de Beijing sur les femmes. Notre but est simple : renouveler l’engagement, renforcer l’action et accroître les ressources pour parvenir à l’égalité des sexes, l’autonomisation des femmes et la défense de leurs droits. Nous l’avons placée sous le slogan suivant : Autonomisation des femmes, autonomisation de l’humanité - Imaginez ! 

La Déclaration de Beijing avait fixé des actions visant à résoudre 12 domaines de préoccupation critiques pour les femmes et les filles du monde entier. Les gouvernements, le secteur privé et les autres partenaires étaient invités à réduire la pauvreté qui frappe des femmes et des filles, garantir leurs droits à l’éducation et à la formation, protéger leur santé, y compris leur santé sexuelle et procréative, protéger les femmes et les filles contre la violence et la discrimination, leur faire profiter des avancées technologiques, et promouvoir la participation pleine et entière des femmes à la vie sociale, politique et économique.

La Déclaration et le Programme d’action de Beijing restent les deux textes de l’accord mondial le plus complet sur l’autonomisation et l’égalité des femmes. Si seulement ils avaient été mis en œuvre !

Mais des progrès ont quand même été réalisés depuis. Le nombre de filles scolarisées a augmenté. Plus de femmes ont maintenant un emploi, sont élues et assument des positions de leadership. Cependant, dans toutes les régions et dans tous les pays du monde, des femmes continuent à se heurter à de la discrimination pour la seule raison qu’elles sont des femmes.

Nous l’observons tous les jours. Dans l’inégalité des salaires et des opportunités au travail... dans la représentation toujours faible de femmes leaders dans les secteurs public et privé... dans la calamité tenace des mariages d’enfants, et dans la pandémie de la violence qui affecte une femme sur trois dans le monde, un chiffre supérieur à celui de la population de l’Europe.

Qui plus est, si les négociations de Beijing avaient lieu aujourd’hui, il est probable qu’elles aboutiraient à un accord moins décisif. Il nous incombe à toutes et à tous d’œuvrer à la pleine mise en œuvre de la Déclaration de Beijing, car chaque fois qu’une femme ou une fille est victime de la discrimination ou de la violence, c’est l’humanité qui est perdante.

Depuis la Conférence de Beijing, d’innombrables constatations sont venues démontrer, sans réfutation possible, qu’en accordant davantage de pouvoir aux femmes, c’est à l’humanité qu’on donne des moyens d’action accrus.

Imaginez !

Les pays bénéficiant de niveaux plus élevés d’égalité entre les sexes bénéficient aussi d’un meilleur taux de croissance économique. Les entreprises dont le conseil d’administration comporte une meilleure participation féminine dégagent des retours sur investissement plus élevés pour leurs actionnaires. Les parlements comptant davantage de femmes délibèrent sur un éventail de questions plus large et adoptent davantage de lois sur la santé, l’enseignement, la lutte contre la discrimination et le soutien de l’enfance. Les accords de paix conclus entre négociateurs femmes et hommes durent plus longtemps et sont plus stables.

Des études ont souligné qu’en apportant une année d’enseignement supplémentaire aux femmes, on fait tomber la mortalité infantile de 9,5 pour cent. Faire bénéficier les agricultrices d’un accès égal à des ressources et à des services stimulerait la production agricole et éliminerait la faim parmi 150 millions de personnes. Un milliard de femmes entreront dans l’économie mondiale au cours des dix prochaines années. Si on leur offre des opportunités égales, leur impact sur notre prospérité future constituera un facteur de changement mondial.

Nous pouvons et devons transcrire cette vision dans la réalité. Tous les pays œuvrent actuellement à la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement d’ici à 2015 et à la définition d’un nouveau plan de développement mondial.

Nous devons saisir cette occasion unique pour positionner l’égalité des sexes, les droits des femmes et l’autonomisation des femmes au centre de ce programme mondial. C’est ce qu’il convient de faire, et c’est ce qui convient le mieux pour l’humanité.

Des hommes et des garçons, qui se sont tus trop longtemps, commencent à réagir et à s’exprimer à haute voix en faveur des droits humains des femmes et des filles par le biais d’initiatives telles que la campagne #HeForShe d’ONU Femmes. Nous y convions tous les hommes et les garçons !

Près de 20 ans après Beijing, je crois que le monde est prêt à mettre en œuvre la vision d’égalité entre hommes et femmes proclamée à Beijing. Aujourd’hui, nous lançons une campagne Beijing+20 axée sur le progrès et destinée à faire ressortir les championnes et les champions de l’égalité des sexes et les travaux qui se poursuivent en vue de promouvoir celle-ci. Vingt ans après, chaque pays produira un rapport sur la situation de ses femmes et de ses filles. La campagne appelle les dirigeants et les simples citoyens à se réengager dans cette œuvre et à agir en vue d’inscrire le Programme de Beijing dans la réalité.

Cette action pourra se poursuivre au mois de juin en Suède, où aura lieu un grand rassemblement visant à protéger les droits des femmes et des filles ; puis, au Sommet sur le Climat prévu en septembre à New York, où des femmes chefs d’État et des activistes réaffirmeront le rôle des femmes dans la protection de l’environnement ; et enfin, au mois de novembre en Inde, à l’occasion d’une conférence où des hommes et des garçons feront une démonstration de force en faveur de l’égalité des sexes. À tout cela s’ajoutera, le 8 mars 2015, la Journée internationale de la Femme, à l’occasion de laquelle des appels à un monde meilleur seront lancés dans tous les pays.

Ensemble nous devons réaliser l’égalité entre les femmes et les hommes. Il n’y a plus de temps à perdre !

Autonomisation des femmes, autonomisation de l’humanité : Imaginez !