Le temps est venu pour les médias de faire l’avenir à l’écran et hors-écran

Par Geena Davis

Date : lundi 4 mai 2015

Geena Davis
Photo gracieuseté de Geena Davis

Récompensée aux Golden Globes et aux Oscars, l’actrice Geena Davis se bat depuis longtemps pour une représentation majeure et diversifiée des femmes dans les industries du cinéma et des divertissements. Elle est la fondatrice et la présidente du Geena Davis Institute on Gender in Media, qui travaille au sein de ces industries-mêmes, à travers la recherche, l’éducation et des programmes de sensibilisation pour améliorer la représentation des femmes et jeunes filles à l’écran. L’institut a publié la première étude internationale jamais réalisée sur les personnages féminins dans les films populaires, en 2014 avec le soutien d’ONU Femmes et de la Fondation Rockefeller.

Qu’apprenons-nous sur les femmes et les jeunes filles lorsque nous allumons la télévision ou allons au cinéma ? Dans le monde entier, les personnages féminins qui paraissent dans les films et à la télévision sont beaucoup moins présents que les personnages masculins. Ils font des choses moins intéressantes. Ils sont jugés sur leur apparence.

Nous savons tous que les femmes et les jeunes filles représentent un peu plus de la moitié de la population mondiale. Cependant, vous ne pourriez le deviner en regardant des films ou la télévision, où il y a environ trois personnages masculins pour chaque  personnage féminin.

Moins d’un quart du nombre total des effectifs à l’écran est constitué de femmes, soit bien moins que dans le monde réel. Les femmes sont nettement moins susceptibles de tenir le rôle d’un juge ou d’un médecin, d’exercer toute autre activité professionnelle ou d’avoir un poste à responsabilité, et les femmes et les jeunes filles sont deux fois plus susceptibles que les hommes et les garçons d’apparaître dans une tenue suggestive ou dénudées.

Ces constatations peu réjouissantes, qui sont révélatrices et assez troublantes, faisaient partie de la première étude internationale jamais réalisée sur la représentation des femmes dans les films, que mon institut sur le genre et les médias a confiée à l’École de communication et de journalisme Annenberg de l’Université de Californie du Sud, et qui a été présentée l’an dernier avec le soutien d’ONU Femmes et de la Fondation Rockefeller.

Nos données trouvent écho dans les recherches sur d’autres types de médias. Le Projet mondial de surveillance des médias (Global Media Monitoring Project) a mis en évidence le fait qu’un quart seulement des personnes dont on lit les écrits dans les journaux ou que l’on écoute à la radio ou à la télévision sont des femmes. Près de la moitié des récits contiennent des éléments favorables aux stéréotypes de genre.

Il y a 20 ans, lors de la Quatrième Conférence mondiale sur les femmes, les gouvernements des divers pays se sont engagés à inciter les médias à contribuer beaucoup plus largement à l’autonomisation des femmes, en reconnaissant que les films, la télévision, les journaux et désormais les plateformes en ligne façonnent nos façons de penser, et d’agir.

Cependant, malgré cet engagement, nous sommes toujours très loin d’une représentation ou d’une image équilibrée dans les médias. En fait, notre recherche montre que la proportion de personnages masculins et féminins dans les films est exactement la même depuis 1946.

Mes confrères du cinéma et de la télévision pensaient que le problème de l’égalité de genre avait été réglé. Mais il n’existait pas de données pour leur montrer la réalité des choses. Quand je leur ai présenté l’étude que j’avais commandée, couvrant une période de 20 ans, ils ont été absolument stupéfaits d’apprendre combien les univers fictionnels qu’ils créent sont dépourvus de présence féminine.

J’ai souligné l’importance pour les générations futures d’avoir davantage de personnages féminins. Nous savons que plus les filles regardent la télévision, plus elles se sentent moins autonomes, alors que la perception des garçons devient de plus en plus sexiste. D’importantes questions éthiques se posent concernant les stéréotypes ou les images hyper sexualisées auxquels sont soumis les enfants. Personne ne pense qu’il s’agit d’un développement positif quand, comme une étude récente l’a montré, des fillettes âgées de six ans à peine, se voient à travers le regard masculin.

Il existe également un argument économique : des études montrent que les films avec davantage de femmes et de filles rapportent plus d’argent, et sont moins susceptibles d’être un échec.

Peut-être qu’au lieu de développer inconsciemment des préjugés sexistes et d’avoir à les corriger, nous pouvons commencer par le commencement, comme cela a été reconnu à Beijing, en ne les perpétuant pas du tout.

Pour parvenir à l’égalité entre hommes et femmes, nous devons travailler sur de nombreuses questions : les lois, l’éducation, la représentation au sein des gouvernements, etc. La liste est longue. Cependant les médias doivent constituer une priorité particulière en raison de leur impact énorme sur la façon dont les femmes, les hommes, les garçons et les filles envisagent leurs rôles respectifs et leur valeur pour la société. Nous ne pouvons attendre ne serait-ce qu’une année supplémentaire pour progresser. Nous connaissons le problème, et nous avons les preuves le confirmant.

Réfléchissez à ceci : dans tous les domaines de la société qui comportent encore une très grande disparité hommes-femmes, combien de temps sera nécessaire pour la corriger et atteindre la parité ? Ce n’est pas en claquant des doigts que les femmes constitueront soudainement la moitié du parlement. Cependant, il y a un domaine où la sous-représentation des femmes peut être corrigée DEMAIN : à l’écran.

Dans le même temps qu’il faut pour créer une émission télévisée ou faire un film, nous pouvons changer ce à quoi ressemblera l’avenir. En d’autres mots, nous n’avons pas à attendre que la société transforme les choses, nous pouvons créer l’avenir maintenant, à travers ce que voient les gens. Oui, il y a dramatiquement peu de femmes chefs d’entreprise dans le monde, mais il peut y en avoir beaucoup à l’écran. Combien de temps faudra-t-il pour que le problème des conseils d’administration si inégalitaires soit réglé ? Eh bien ! dans les films et à la télévision, ils peuvent être constitués pour moitié de femmes dès demain.

Voici une solution simple : engager plus de femmes dans des rôles écrits pour les hommes. Il est maintenant temps pour les médias de faire de l’avenir, dans lequel nous aurons aboli les préjugés de genre, une réalité aujourd’hui, à l’écran.

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