Femme officière et militante

Date : mercredi 24 juin 2015

Captain Bontou Soumah FR

Surmontant les contraintes culturelles et de la vie, ainsi qu’elle a choisi de le faire, elle a été surnommée « mère de la marine guinéenne ». En tant que première femme officière sous-préfète dans la marine guinéenne, un pays connu pour ses richesses minérales bien que ses habitants soient pauvres, la capitaine Bontou Soumah savait, alors qu’elle était encore une jeune fille, qu’elle pouvait travailler avec plus de diligence et d’expertise que la plupart des garçons de son âge. Elle s’est inscrite à une école de marine et, à l’obtention de son diplôme, elle a pu rejoindre la marine guinéenne, comme l’ont fait trois autres femmes à peu près au même moment. Elle a continué à gravir les échelons de la marine et a finalement été nommée Officière et Chevalière de l’Ordre du Mérite de la République en 2005, par décret du Président.

« Je suis la fille aînée d’une famille de 14 enfants. J’ai été élevée par ma mère, qui était veuve, et il y avait beaucoup de travail pour tout le monde », déclare-t-elle. En raison de sa stature robuste, sa mère a commencé à l’appeler « femme virile », un nom qui lui est resté tout au long de sa vie. Dès son jeune âge, la capitaine Soumah a dû aider sa mère en se livrant à des tâches ménagères pénibles habituellement données aux garçons. Elle remercie encore aujourd’hui sa mère pour l’éthique de travail positive, basée sur le principe de l’égalité entre les sexes, qu’elle lui a inculquée, et qu’elle tente aussi d’inculquer à ses cinq enfants.

Elle a obtenu son diplôme de l’école de marine pleinement confiante et déterminée à mener une vie passionnante dans l’armée, et elle a été immédiatement recrutée dans la marine guinéenne. Elle était attirée par l’idée de recevoir une formation supplémentaire à l’étranger mais, en dépit de ses capacités, elle n’a pas été acceptée dans une institution à l’étranger pour des cours d’une durée de cinq ans en raison de son sexe. Mais elle ne s’est pas résignée et s’est dit qu’elle surmonterait ce défi.  « Les femmes sont plus courageuses et déterminées à atteindre le sommet pour réaliser leurs ambitions, des ambitions que les hommes ne voient même pas venir », dit-elle.

Et elle a effectivement réussi à relever ce défi : elle a d’abord été une employée de l’administration, et elle est ensuite devenue la première femme officière marine avec le grade de sous-préfète de l’une des plus grandes régions administratives de la République de Guinée, gagnant graduellement le respect de ses collègues masculins et leurs éloges. « Il y a maintenant seulement quatre femmes sous-préfètes dans la marine, sur un total de 303 postes en Guinée. Il n’y avait pas de femmes dans les forces armées quand j’ai subi mon baptême de feu en 1988. J’étais soumise aux mêmes exigences de la vie militaire que les hommes », dit-elle. Sans surprise, elle a dû faire face à quelques problèmes avec des collègues masculins sous ses ordres, mais elle préfère se concentrer sur les aspects positifs de la vie.

Dans son rôle actuel, elle accorde une attention particulière aux questions relatives à l’égalité entre les sexes, ainsi que les défis associés au fait d’être jeune dans une Guinée post-conflit. Grâce à des subventions du Fonds pour l’égalité des sexes des Nations Unies et d’autres entités, elle travaille sans relâche pour initier des projets à un niveau élémentaire en matière d’alphabétisation, de production de sel marin et d’établissement d’ateliers de renforcement des compétences professionnelles pour les femmes. Elle travaille tard le soir pour faire face aux emplois du temps exigeants qu’affrontent les femmes qui, comme elle, s’efforcent de concilier les travaux domestiques et les activités professionnelles. En raison de maladies liées au VIH/Sida ainsi que d’autres problèmes de santé dans la région, un nombre de femmes de plus en plus élevé a dû assurer le rôle de gagne-pain de leur famille. « Les femmes doivent travailler à l’intérieur et l’extérieur de la maison ces jours-ci pour joindre les deux bouts. J’ai eu de la chance d’avoir le soutien de mon mari dans toutes mes entreprises, mais certaines femmes ne sont pas aussi chanceuses ».

Lorsqu’on lui demande quels conseils elle aimerait donner aux jeunes femmes, elle dit : « C’est le courage et la détermination qui donnent aux femmes les qualités dont elles ont besoin pour être en mesure de réaliser leurs ambitions. Soyez courageuses ! »

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