Ce que j’ai appris à Beijing a changé ma vie

Par Peace Kyamureku

Date : mardi 15 septembre 2015

Peace Kyamureku
Photo: ONU Femmes/Stephanie Raison

Peace Kyamureku a pris part à la Quatrième Conférence mondiale des femmes à Beijing en tant que secrétaire générale adjointe de l’Association nationale des organisations des femmes ougandaises. Elle a quitté son travail et subi une baisse de salaire pour rejoindre l’association où elle a passé les 17 ans suivant la conférence de défense des droits des femmes. Aujourd’hui, elle est conseillère technique bénévole auprès de VSO International, une organisation de bénévolat. Actuellement en poste auprès d’ONU Femmes Tanzanie, elle œuvre pour l’égalité des sexes et pour la cause des femmes.

La conférence de Beijing a marqué un point de non-retour. Elle m’a donné une nouvelle grille de lecture pour appréhender le monde. J’ai commencé à m’intéresser aux enjeux qui concernaient les femmes et j’ai voulu en savoir plus, surtout sur celles qui ne sont pas aussi privilégiées que moi. J’ai pris conscience de la chance que j’ai parce que j’ai reçu une instruction, contrairement à beaucoup de femmes dans le monde.

Vous ne pouviez pas avoir pris part à la conférence de Beijing et rester la même personne. En ces temps-là, les gens disaient « Oh, vous étiez à Beijing » et on en ressentait de la fierté. On comprenait que les femmes qui avaient pris part à la conférence de Beijing avaient une nouvelle façon de penser et de voir les choses.
Beijing a constitué un tournant parce que la conférence a créé un espace grâce auquel les femmes ougandaises ont compris qu’elles pouvaient apporter une réponse aux sujets qui les préoccupaient.

Après Beijing, de nombreuses organisations ont vu le jour en Ouganda, mais certaines d’entre elles ont dû mettre la clé sous la porte faute de ressources pour continuer leur travail. J’ai travaillé 17 ans avec l’Association nationale des organisations des femmes ougandaises. Chaque année, nous nous consacrions à trois points de notre Beijing Programme d’action pour faire la différence dans la vie des femmes ougandaises.

Même le fait d’installer nos bannières dans les salles des nombreuses réunions auxquelles nous avons assisté constituait un exploit car cela assurait notre visibilité dans le monde entier.

Je me rappelle qu’à Beijing les participantes et participants écrivaient des messages sur la chaussée pour faire la promotion de leurs évènements. Un jour j’ai vu un message sur le renforcement les organisations faîtières. Comme je travaillais avec une organisation faîtière, j’ai décidé de me rendre à la réunion organisée par le Conseil de coordination des organisations non gouvernementales de Zambie (NGOCC). À l’issue de cette rencontre, l’Association nationale des organisations de femmes ougandaises et le NGOCC ont formé un partenariat qui continue à ce jour. À titre d’exemple, son programme d’échange de jeunes est toujours en vigueur et profite aux deux pays. Tout cela nous le devons à la Conférence de Beijing de 1995 – nous n’aurions pu nous rencontrer nulle part ailleurs.

Les connaissances que j’ai acquises pendant et après la conférence, surtout le fait de savoir que nous étions confrontés aux mêmes problèmes de gouvernance dans toute l’Afrique de l’Est m’ont permis de me rendre en Tanzanie en tant que volontaire auprès d’ONU Femmes en vue d’apprendre et d’échanger avec des femmes tanzaniennes.

Jusqu’à présent, j’estime que dans tout ce que je fais, les enseignements que je pratique viennent du processus de Beijing. Nous devons travailler ensemble, sensibiliser et former les femmes pour qu’elles puissent prendre part au mouvement des femmes dans leurs pays. Nous devons les aider à s’épanouir, à sortir de leur cocon et de leur maison pour œuvrer aux changements dans leurs communautés.

Vingt ans plus tard, j’espère que nous pourrons sensibiliser plus de monde et impliquer les personnes qui n’étaient pas à Beijing. Lorsque nous parlons d’égalité des sexes, nous devons impliquer les garçons et les hommes. Nous devons changer le monde en travaillant ensemble et nous assurer qu’il n’y a pas de laissés pour compte, veiller au respect du droit de toutes et tous, assurer l’égalité des chances à nos enfants et en préserver les acquis.

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