Un modèle pour les femmes et les filles handicapées du monde

Date : lundi 2 février 2015

WOA Abia Akram FR

Les personnes atteintes de handicaps la considèrent comme une figure d’espoir. Âgée de 30 ans, Abia Akram est une femme cultivée qui est fière des deux diplômes de maîtrise qu’elle détient. Elle incarne la noble cause qui est la sienne, selon laquelle l’éducation peut s’avérer un catalyseur dans un monde où les handicaps ne sont pas toujours pris au sérieux. Première femme handicapée du Pakistan à recevoir la bourse d’études Chevening, hautement prisée, du gouvernement britannique, Akram poursuit aujourd’hui sa lutte pour le changement et cherche à modifier les notions dépassées qui entourent encore le thème du handicap. Elle est la première Pakistanaise et la première handicapée à être nommée Coordinatrice du forum des jeunes handicapés du Commonwealth, et elle est aussi la présidente du Conseil de jeunesse de l’UNICEF. Elle copréside en outre l’organisation Handicapées unies de l’Asie-Pacifique (Asia Pacific Women with Disabilities United) et consacre une bonne partie de son temps à l’éducation et à la formation de femmes handicapées afin d’améliorer leur confiance en elles-mêmes et de les rendre capables de conduire d’autres femmes de condition semblable face à l’avenir.

Qu’a-t-elle fait pour rendre tout cela possible à un aussi jeune âge ? Pour Akram, ce sont l’éducation et le soutien de ses parents dès son enfance qui lui ont inspiré la confiance suffisante pour aller dans le monde et accomplir bien plus que la plupart des gens pensaient possible. Déjà consciente de son environnement à un âge jeune, elle savait que de nombreuses filles au Pakistan ne pouvaient aller à l’école en raison du coût de la scolarité. D’innombrables familles pauvres préféraient ainsi envoyer leurs garçons à l’école, et non leurs filles, parce qu’ils présentaient de meilleures perspectives de gain pour le foyer. L’idée d’envoyer une personne handicapée à l’école, surtout s’il s’agissait d’une jeune fille, était donc très loin de la norme.

Agissant à contre-courant, les parents d’Akram lui ont reconnu une valeur égale à celle de leurs autres enfants, l’envoyant à l’école et l’encourageant à prendre ses propres décisions. À l’âge de sept ans, Akram a demandé à ses parents de la laisser aller vivre chez un oncle afin qu’elle soit à proximité d’un établissement scolaire particulier qui était en mesure de lui donner une éducation normale, et qui de plus pouvait accueillir les fauteuils roulants. Ses efforts ont été couronnés de succès, et Akram a terminé ses études avec distinction, puis a entrepris d’autres études pour obtenir deux diplômes de maîtrise.

Totalement acquise à la nécessité de prodiguer un enseignement aux femmes et aux filles handicapées et à les former au leadership, Akram a opté pour la voie de l’activisme.  S’appuyant sur le soutien moral de sa famille, elle a lancé le Forum national des femmes handicapées du Pakistan afin de faire connaître à ces femmes les moyens leur permettant de prendre leur vie en main et de revendiquer leurs droits. Dans un pays où, comme l’explique Akram, la plupart des gens pensent qu’être victime d’un handicap est le fait soit d’une malédiction divine, soit d’une force mythique et omnipotente, briguer un espace pour les femmes handicapées dans la sphère publique constitue une voie que d’autres n’ont pas eu le courage d’emprunter.

Quels ont été les facteurs les plus importants qui vous ont aidée à atteindre le stade qui est le vôtre aujourd’hui ?

Mon éducation et mes parents m’ont aidée et soutenue. Les travaux de recherche que j’ai menés dans différents pays, notamment au Japon et au Royaume-Uni, m’ont beaucoup appris.

Mon éducation m’a également aidée à entrer en rapport avec le mouvement des handicapés aux échelons mondial et national. Auparavant, je me sentais comme la seule personne au monde à être victime de ce type de handicap. Le jour je suis devenue connectée avec d’autres handicapés, j’ai compris combien j’avais à contribuer et à apprendre. J’ai voulu, par des campagnes en leur faveur, rendre visibles les femmes handicapées.

Quels ont été les principaux obstacles qui se sont dressés sur le chemin ?

Mon organisation vise à connecter des femmes handicapées à des possibilités d’éducation et de formation sur le leadership, et cette tâche continue à être difficile. J’éprouve toujours de grandes difficultés à entrer en rapport avec des femmes handicapées dans de nombreux pays. Si je les identifie, leurs parents ne me permettent pas de venir les rencontrer. Cependant, si une femme handicapée vient rendre visite à d’autres femmes handicapées, cela peut les aider à accepter leur handicap et à progresser en tant que leaders, professionnels et individus. Nous poursuivons une œuvre d’autonomisation au moyen de sessions de formation, par l’éducation, par des conférences et par des travaux sur le terrain. Cette action est de première importance pour apporter des qualités de leadership à des femmes handicapées. Il est également important de développer les capacités des organisations dans le sens d’un changement de leurs politiques et de leurs attitudes. Nous le faisons en leur proposant des sessions de formation pour qu’elles comprennent mieux comment intégrer les personnes handicapées.

Le fait d’être une femme a-t-il affecté votre parcours ?

J’ai lancé mon organisation en 1997. Ma vie en a été transformée. Je concevais alors le handicap comme un état entièrement négatif. Le jour où j’ai adhéré au mouvement mondial pour les personnes handicapées, j’ai commencé à apprendre qu’être frappée d’un handicap ne revenait qu’à vivre un style de vie différent. Il ne faut pas y voir une maladie. Je dois accepter mon état de femme handicapée, pas seulement pour moi personnellement, mais également pour les millions de femmes handicapées au Pakistan et autour du globe. Il m’incombe de faire quelque chose pour les femmes handicapées à travers le monde, surtout dans le sens d’une formation au leadership.

Quelle est, à votre avis, votre plus grande contribution à la société et à la communauté ?

Ma première contribution est d’avoir inscrit la voix des femmes handicapées à l’agenda mondial. Les priorités et les besoins des femmes handicapées doivent être soulignés dans toutes les politiques, dans le programme de Beijing+20, et dans les objectifs de développement durable de l’après-2015. À tous les niveaux. Y parvenir constituera notre plus grande contribution à la société.

Quel est votre message aux femmes et filles qui pourraient être inspirées par votre parcours et vos réalisations ?

Je dis aux femmes handicapées : ne vous sous-estimez pas. Sachez que votre handicap peut être votre force. Prenez connaissance de vos droits et, si votre pays ne les défend pas, luttez pour les obtenir.

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