Le multimédia au service de plusieurs causes

Date : lundi 18 mai 2015

Vesna Andree Zaimovcic FR

Vesna Andree Zaimović est l’une des rares personnes à occuper une place importante dans le paysage médiatique de ce pays ravagé par la guerre. Se renouvelant sans cesse, elle a choisi un chemin aux nombreux détours. Vesna Andree Zaimović  a tout d’abord étudié à l’Académie de musique de Sarajevo, où elle a obtenu en 2003 un diplôme de musicologie, au moment même où les séquelles du conflit qui avait déchiré la Bosnie-Herzégovine de 1992 à 1996 s’effaçaient. D’aucuns disent que le conflit a même commencé plus tôt, les différents groupes ethniques et religieux étant de plus en plus divisés.

Ce fut une période difficile de l’histoire de son pays : des familles ont été disloquées et des carrières réduites à néant avant même qu’elles aient débuté. Au cours de la période tumultueuse qui a suivi le conflit, Mme Andree Zaimović a accepté des postes divers en fonction de ce qu’elle trouvait, comme assistante de production, responsable des relations publiques ou journaliste, et elle a exploité sa créativité pour développer sa conscience de soi et son sens de l’indépendance. En outre, elle a enseigné la guitare tout au long du conflit, et elle n’a jamais abandonné ses objectifs qui consistaient à créer un nouvel espace médiatique et à contribuer à la scène musicale et artistique de Sarajevo. Au passage, elle a aussi été chargée pendant quelques années de diriger la délégation nationale au célèbre concours Eurovision de la chanson, assurant ainsi la représentation de son pays lors de ce concours paneuropéen.

Sentant que la population était assoiffée d’information, elle a participé à la création du portail Internet de Radio Sarajevo, qui est devenu l’un des sites Internet les plus visités du pays, afin de publier des informations impartiales sur les actualités importantes. Aujourd’hui âgée d’une bonne quarantaine d’années, elle est arrivée au faîte de sa profession, s’appuyant sur l’expérience acquise dans les moments difficiles pour participer concrètement à l’histoire de son pays.

Pionnière des médias numériques indépendants, elle profite encore de son statut pour attirer l’attention sur les droits de la personne garantis aux citoyens de ce pays qui compte plusieurs ethnies, grâce au site innovateur Manjine.ba, qui a créé l’une des premières communautés en ligne du pays. Ce site a aussi été le premier à créer un espace médiatique dédié aux minorités ethniques, aux personnes handicapées, aux pauvres et à la communauté LGBT, et à parler de la discrimination dans les médias de Bosnie-Herzégovine.

Cherchant toujours à apporter quelque chose à la communauté, avec son équipe elle apprend aux autres à connaître les médias et à se servir du pouvoir des nouvelles technologies pour promouvoir les droits de la personne. Parmi ses dernières actions, notons encore qu’elle a conçu un excellent matériel pédagogique accompagné d’infographies axées sur les données pour mettre fin à la violence envers les femmes, afin de contribuer au plaidoyer concernant les difficultés particulières actuellement rencontrées par les femmes. Elle y discute de l’image des femmes dans les médias, constatant que celles-ci sont parfois écartées des postes de leadership en raison de leurs rôles multiples au sein de la société et de la famille.

À votre avis, quels sont les facteurs les plus importants qui vous ont aidée à arriver où vous êtes aujourd’hui ?

En partie la tradition familiale, puisque mon père était un homme très versatile, qui s’est intéressé à beaucoup de choses jusqu’à la fin de sa vie. En  même temps, il était très organisé, ce qui lui permettait de trouver le temps de faire tout ce qu’il voulait faire, ainsi que du temps pour sa famille. J’ai hérité de quelques-uns de ses traits de caractère. Un autre facteur important est le soutien de mon mari, avec qui j’ai bâti un partenariat solide grâce auquel nous nous enrichissons et nous nous soutenons mutuellement. Et enfin, il y a ma soif infinie de connaissances, ma volonté de m’épanouir et de mener une vie active. Je veux que tout ce que je fais soit positif et serve à un maximum de gens. Je veux repousser les limites dans mon domaine.

Pourriez-vous citer quelques-uns des plus grands obstacles que vous avez dû surmonter pour atteindre vos objectifs professionnels ?

Le plus grand obstacle, c’était la guerre en Bosnie-Herzégovine. Beaucoup de gens ont perdu la vie, beaucoup de familles ont éclaté, beaucoup d’amitiés ont été ruinées, et beaucoup de carrières ont pris fin. Je ne suis pas une exception : j’ai dû repartir à zéro plusieurs fois au cours de cette période. Mais dans un sens, cela m’a rendue plus forte, car j’ai appris que je ne devais pas m’en tenir à un cheminement, à une seule profession. Je suis titulaire d’un diplôme de musicologie, mais à cette époque j’ai aussi travaillé comme journaliste, reporter et assistante de production. À mon arrivée en Slovénie, où sont nés mes deux premiers enfants, j’ai travaillé comme professeure de guitare. Cette période a été très instructive pour moi.

Racontez-nous votre enfance en quelques mots. Quelles étaient vos ambitions, et qui vous a inspirée ou influencée pour que vous deveniez la femme que vous êtes aujourd’hui ?

J’ai grandi dans une famille de mélomanes, et j’étais moi-même musicienne. Du fait que mes parents profitaient des vacances scolaires, nous voyagions beaucoup, et je leur en suis très reconnaissante. Enfant, j’avais des problèmes de poids et une très mauvaise image de mon corps. C’était un vrai problème pour moi. Vous savez, c’est ce qui peut arriver quand votre mère, vos grands-mères et vos tantes s’inquiètent du « risque que cet(te) enfant souffre de la faim ». J’ai perdu du poids alors que j’avais une vingtaine d’années. J’ai passé la trentaine à élever mes enfants, lors de la « restauration du système » après la guerre. Ce n’est qu’une fois passé 40 ans que je me suis découvert une passion pour le sport. J’ai appris le snowboard à 43 ans, et j’ai commencé la nage sportive à 45 ans.

Comme je travaille dans le secteur en ligne, un secteur en pleine mutation, j’apprends chaque jour, de personnes plus jeunes que moi. Je trouve énormément d’inspiration dans les livres, la musique, le théâtre et les arts. Je les considère plutôt comme un besoin que comme un luxe. Je pense que la culture et les arts peuvent inspirer la gentillesse et la tolérance aux gens, et nous aider à trouver un équilibre. Et enfin, de nombreuses femmes qui m’entourent m’inspirent, surtout ma sœur, mes amies et mes collaboratrices.

Qu’est-ce que cela vous fait d’être une femme, dans votre domaine de travail ?

En Bosnie-Herzégovine, les femmes sont majoritaires dans les médias, mais elles occupent des postes de journalistes ou de rédactrices de niveau intermédiaire. Elles sont moins nombreuses à occuper des postes de direction. Je crois que les femmes sont encore moins prises au sérieux que les hommes, surtout lorsqu’elles sont polies et aimables. Les grands accords commerciaux sont souvent conclus lors d’activités sociales « masculines », par exemple lors de repas d’affaires ou dans les loges VIP des stades. Officiellement, cette discrimination discrète n’existe pas, mais elle est bien réelle.

Quel est le message que vous aimeriez transmettre aux autres femmes et filles qui pourraient s’inspirer de votre parcours et de ce que vous avez accompli ?

La communauté attend souvent de nous des choses qui ne résultent pas de véritables besoins, mais de la tradition, des coutumes ou des habitudes. Nous nous sentons coupables de ne pas répondre à ces attentes. Je pense toutefois qu’il est plus important de développer sa propre personnalité et d’avoir ses propres attentes à son égard. Quand on peut se prouver que l’on est capable d’atteindre des objectifs, on éprouve une sensation merveilleuse. Le message que je voudrais adresser aux jeunes, c’est qu’il ne faut jamais arrêter d’apprendre, de s’informer, de poser des questions et de développer sa personnalité. Ce message, c’est aussi qu’il faut se montrer responsable envers soi-même et envers les autres, être actif, vivre sa vie à fond et faire de son mieux.

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